je me pose la question du devenir de nos libraires d'occasion, de nos bouquinistes comme on les appelle également, car s'ils disparaissent, nul ne connaîtra plus le plaisir d'aller chiner et trouver ces perles qui font la joie de nos bibliothèques. Et, là, ce sera la fin d'un monde. Patrick Parment
Henri Béraud : bienvenue au purgatoire !
Chaque 14 juillet, il n'y a pas si longtemps encore, le cimetière de Saint-Clément-des Baleines, était, sous l'œil complice de la force publique dépêchée par le préfet de la Charente-Maritime, le théâtre de rixes parfois violentes. Celles-ci opposaient de paisibles adhérents de l'Association rétaise des amis d'Henri Béraud, l'auteur de « La gerbe d'or » du « martyre de l'obèse » et de tant d'autres chefs d'œuvre, venus fleurir la tombe du grand écrivain, et des nervis de gauche nostalgiques de l'épuration !
Depuis le changement de millénaire les tensions se seraient, dit-on ; apaisées ; le temps manifestement est venu de réhabiliter une des plus grandes plumes de la littérature française de la première moitié du XXe siècle.
Loin d'être oublié, Béraud, bref passage en enfer effectué, connaît aujourd'hui, à titre posthume, une nouvelle notoriété méritée. C'est pas tout à fait une déferlante mais ça y ressemble : les Editions LUGD et les éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire ressortent « Ciel de Suie », puis « la Gerbe d'Or », et enfin « Le Vitriol de Lune » ; Le Lérot et Horvath publient quantité de biographies et d'études inédites et pertinentes imitant en cela l'Association rétaise des Amis de Henri Béraud. Même Assouline, qui, reprochant à l'écrivain lyonnais sa « pincée d'antisémitisme », son absence de génie et son intelligence médiocre, vole néanmoins avec opportunisme au secours de la victoire en préfaçant en 2007, chez Bartillat, une réédition de « Le flâneur salarié » paru pour la première fois en 1927 aux éditions de France. Il n'y a pas de petits profits si il y a en revanche de médiocres motivations !
Les admirateurs de l'écrivain continuent malgré tout de déplorer l'absence d'un de ses plus remarquables livres au catalogue de ces différentes maisons. Précédé d'un avant-propos de l'auteur lui même, « Quinze jours avec la mort » est un hallucinant témoignage sorti en février 1951 chez Plon sur la chasse aux sorcières entreprise au lendemain de la « Libération » par des partisans de la justice expéditive avides de vengeance et soucieux, avant tout, de faire main basse sur la fortune, les entreprises ou les postes en vue de présumés collaborateurs !

Arrêté en Août 1944, Béraud, journaliste et écrivain de renom, (en 1922 on lui attribua le Prix Goncourt pour » Le vitriol de lune » et » Le Martyre de l'obèse » parus chez Albin Michel) est coupable lui, le héros de la grande guerre, non pas d'intelligence avec les nazis mais tout bonnement d'une anglophobie patente qui l'a poussé à écrire en 1935 un pamphlet célèbre « Faut-il réduire l'Angleterre en esclavage ? » interrogation qui n'était pas, alors, sans justification !
Quelques amitiés dans les sphères d'extrême droite, un antiparlementarisme assumé finiront par le faire condamner à mort par des magistrats à la botte des nouveaux maîtres d'une France. déterminée à expier ses renoncements pétainistes par le prononcé de jugements d' une rigueur toute révolutionnaire faute d'être équitable .
Incarcéré à Fresnes Béraud y attend chaque jour l'annonce de son exécution. Le récit terrible et bouleversant de cette épreuve est l' exceptionnel condensé d'une existence qu'il n'aura « jamais pu prendre au sérieux… ni la mort (l'espérait-il) quand elle viendra(it) »(1)
« Accepter la mort est une chose. L'attendre en est une autre… » avoue le condamné confronté aux affres épouvantables du compte à rebours.
Influencé certainement par François Mauriac et Albert Camus, le Général de Gaulle. premier Président du conseil du GPRF (Gouvernement provisoire de la République Française) gracia (2), in extremis, le Béraud des « Quinze jours » D'outre tombe, l'ancien chef d'État regrette peut-être le pardon restreint accordé à un auteur qui ne sortit de prison, physiquement très diminué, pour raisons médicales qu'en 1950 (3). Aujourd'hui, 51 ans après sa disparition l'auteur de « La gerbe d'or » séduit et enthousiasme toujours ses lecteurs !
Ch.C le 12 /10 :2009
(1) Qu'as tu fait de ta jeunesse ?
(2) Brasillach, lui, ne verra pas la publication de ses « Poèmes de Fresnes ». Douze balles dans la peau reçues le 6 février 45 au Fort de Montrouge le priveront de cette satisfaction pour la plus grande joie du CNE , ce Comité National des Écrivains où s'agita beaucoup le stalinien Aragon. Le souci de restauration de la cohésion nationale invitait de Gaulle, le résistant de Londres, à faire de menues concessions aux communistes qui espéraient, alors, transformer le pays en protectorat soviétique !
(3) Jusqu'en 1947, Béraud connut le dur bagne de Poissy, puis celui de Saint-Martin-de-Ré où,il fut transféré en février 1947. Très diminué, à la suite d'une attaque cérébrale il bénéficia d'une assignation à résidence dans sa maison de Saint- Cément-des-Baleines accordée par le Président Vincent Auriol. Il s'y installa le 20 avril 1950 et fut soigné par son épouse Germaine jusqu'à son décès, à 73 ans.
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le « Pays des droits de l'Homme » inventeur des camps de la mort ?
La Chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme cour de révision, a rejeté le 14 décembre 2006, la requête visant à obtenir la réhabilitation du bagnard Guillaume Seznec, condamné 82 ans auparavant, aux travaux forcés à perpétuité, pour le supposé meurtre de son ami le Conseiller général finistérien Pierre Quémeneur.
Durant la meilleure partie de son existence le journaliste Denis Seznec, petit-fils du criminel présumé, se sera impliqué corps et âme dans ce combat incertain contre la sentence inique formulée par une institution qui n'en est plus, ne serait-ce que pour les périodes récentes, à une erreur judiciaire près. Sans remonter jusqu'aux malheureuses victimes du juge ayant instruit l'affaire de l'Auberge Rouge, les exemples ne manquent pas, de Mis et Thiennot, Christian Ranucci, aux inculpés d'Outreau en passant par l' infortuné Patrick Dils, de ces innocents broyés par la machine judiciaire.
Comment Guillaume Seznec, le scieur du pays de Morlaix, aurait-il pu échapper à une peine qui satisfaisait surtout policiers, magistrats et politiciens de l'entre-deux guerres et que ne souhaitèrent jamais désavouer ceux qui leur succédèrent sous ces républiques épanouies sur les décombres de l'État Français Maréchaliste? (1)
Comment diable son petit-fils aurait-il pu parvenir à ses fins, au terme de cette épuisante confrontation du pot de terre et du pot de fer, alors même que l'institution, aujourd'hui encore, protège bec et ongles, ses juges déficients et incompétents ?
Après avoir écrit en 1992 « Nous les Seznec » (2) magnifique contre-enquête et témoignage poignant du combat des proches du condamné pour rétablir l'honneur d'un mari, d'un fils et d'un grand père qui ne cessera jamais de clamer son innocence, Denis Seznac a publié en 2001 chez Robert Laffont un nouveau livre, titré « Seznec le bagne »
L'ouvrage, terrible évocation des violences infligées à un homme dont la culpabilité ne fut jamais prouvée et qui, jusqu'à son dernier souffle, récusera toute implication dans un assassinat « sans cadavre ni aveux », est, à l'instar du « Peuple d'en bas » de Jack London un de ces documents choc qui font, à l'aune de l'actualité, douter de la cohérence du sens de l'histoire !
Les atroces conditions de vie des détenus, moins au bagne de Cayenne proprement dit que dans les camps, goulags avant la lettre, de la forêt guyanaises ou des Îles du Salut , y sont dépeintes avec toute l'infinie crudité des documents officiels de la « Tentiaire », consultés par l'auteur et méthodiquement confrontés aux récits des survivants de cet holocauste feutré.

Guillaume Seznec au premier plan à gauche
Redoutable administration pénitentiaire externalisée dont les cadres et les gardes-chiourme, fonctionnaires ou kapos du « Pays des droits de l' Homme » annonçaient, dès la fin du XIXème siècle, les futurs tortionnaires des camps nazis, « la tentiaire » devait jusqu'au lendemain de la fameuse « Libération » exercer son abjecte barbarie sur les prisonniers dont elle avait encore la charge !
Aujourd'hui les conditions d'incarcération ne se sont guère améliorées dans les geôles de l'hexagone : Le nombre de suicides (Un tous les 3 jours) ou morts suspectes en prison dépasse la centaine et le site http://prison.eu.org/ . rend compte des conditions de vie sordides de la population carcérale.
La France s'attire, en ce domaine, les foudres des observateurs : « Régulièrement, les prisons françaises font l'objet de critiques, que ce soit au niveau national (rapports d'enquêtes parlementaires de 2000, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, d'associations comme l'Observatoire international des prisons) ou international, tels les rapports de l'ONU, du Comité européen de prévention de la torture (CPT) Le Comité Européen de prévention de la Torture (CPT) dénonce depuis 1991 et plus récemment dans un rapport de 2007 faisant suite à des visites menées en 2006 des "traitements inhumains et dégradants", plus particulièrement sur les questions de la santé, du placement à l'isolement et de la surpopulation carcérale. »
Guillaume Seznec fut, en 1947, près de 10 ans après le décret-loi signé Daladier portant sur la suppression du bagne, scandale humanitaire dénoncé dés 1923 par Albert Londres (3), l'un des derniers bagnards à être rapatrié. Il ne profita guère de sa liberté recouvrée puisqu'en novembre 1953 un chauffard conduisant une camionnette qui prit la fuite (La thèse de l'assassinat délibéré n'a jamais été franchement écartée) devait le faucher entraînant sa mort 3 mois plus tard !
En 1933, alors qu'il avait déjà enduré 9 ans de bagne, le forçat avait refusé de signer la grâce qu'on lui proposait déclarant « Il n'y a que les coupables qui demandent pardon. »
Seznec Denis : Seznec le bagne in 8 br couv ill 398 pp ill et cartes h.t Robert Laffont 2001 11 €
Ouvrage à commander auprès d' http://lecornetabouquins.blog4ever.com ou
Lire aussi à propos de l'affaire Seznec : Série Noire.
(1) dont les cadres restaient rivés, quels que soient les aléas politiques, à leurs strapontins
(2) une nouvelle version très largement augmenté est parue en 2006 chez le même éditeur
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Londres

Pour la plupart des gens Hautefaye n'évoque rien sans doute. Si certains parviennent à situer géographiquement ce petit village de Dordogne à l'ouest de Nontron, sous préfecture étriquée d'un Périgord vert au tropisme charentais autant que limousin, la majorité ignore qu'il fut le théâtre, au plus chaud de l'été 1870, d'un crime sans pareil, un de ceux qui font douter, autant sinon plus que l' holocauste, de l'humanité !
Le mardi 16 août de cette année là, alors que la France a déclaré la guerre à la Prusse à peine un mois plus tôt, Alain de Monéys, le jeune premier adjoint au maire de Beaussac, commune limitrophe, se rend à la foire d'Hautefaye dans le but de régler avant son départ pour le front quelques affaires pendantes. L'homme, un libéral qui est loin d'être insensible aux idéaux républicains, jouit parmi la population d'une excellente réputation. Bon nombre de ses administrés comme d'ailleurs bien d'autres habitants de la proche région qui ne comptent pas administrativement parmi ses électeurs lui sont redevables d'interventions décisives en leur faveur.
Ce sont pourtant ces derniers, des centaines de présumés braves types, paysans, artisans, commerçants, notables qui, pendant des heures et des heures, vont lui faire subir mille tortures et finalement, au terme de supplices sans nom, le mettre à mort sur un bûcher improvisé en simulant pour finir la dégustation de sa graisse étalée sur des tartines de pain. Son crime : être absurdement suspecté d'avoir crié «À bas la France » alors que lui, l'exempté pour faiblesse de constitution, s'apprêtait délibérement à rejoindre le théâtre des combats.
Avant Jean Teulé de nombreux auteurs s'étaient penchés sur cette abominable tragédie. Alain Corbin avec son « Village des cannibales » publié chez Aubier et surtout Georges Marbeck qui fit si talentueusement revivre «Hautefaye, l'année terrible » furent incontestablement les meilleurs analystes d'un événement ayant failli entraîner la destruction totale du village, comme on l'envisagea sérieusement aux premiers jours de la 3ème République.
Ces deux derniers ouvrages demeurent irremplaçables et il était permis de douter de la pertinence d'un nouveau texte commis par un écrivain aussi insaisissable que Jean Teulé qui fit les belles heures de la bande dessinée, de la télévision avant de se consacrer fugacement au cinéma puis plus exclusivement à l'écriture.
Les 6 premières page de son bouquin sont d'une étrange et regrettable faiblesse rédactionnelle. Le lecteur qui renoncerait à poursuivre plus avant aurait bien tort, malgré tout, de céder à sa première impression. Les chapitres suivants relatent dans l'urgence et la fièvre sous un rythme haletant chacune des étapes du calvaire d'Alain de Monéys. L'écrivain , le dessinateur et le cinéaste conjuguent leurs talents pour entraîner leur otage dans cette ronde sacrificielle folle qui ne s'achève que sur la consommation symbolique du corps de la victime expiatoire !
L'affreux crime d'Hautefaye coûtera la vie à 4 des assassins décapités sur le lieu même de leur ignoble forfait. 15 autres protagonistes furent condamnés aux travaux forcés ou subirent des peines plus ou moins lourdes d'emprisonnement. Le village, pour finir, coupable mansuétude, ne sera pas rasé.
74 ans plus tard le Périgord vert renouera avec ses vieux démons lors de l'épuration sanglante, une des plus brutale du territoire, qui suivra le retour à la « démocratie » et à la « liberté » dont furent exclus, longtemps encore, les peuples Algériens et Indochinois entre autres !
Ch.C le 29 juillet 2009 22h30
