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Série Noire.

Série Noire.

 

                   L'ancien commissaire Penaud a assis son autorité de chercheur en essayant de démêler l'écheveau emberlificoté, et parfois nauséeux, de l'histoire contemporaine du Périgord. Après avoir consacré plusieurs ouvrages à l'étude des sectes maçonniques locales pour lesquelles il nourrit un singulier intérêt, ce pilier de la Société historique et archéologique s'est investi dans l'analyse des mouvements de résistance à l'occupation nazie. Délaissant ces sujets désormais rebattus qui participent d'une mythologie républicaine légèrement éculée, il tente aujourd'hui de s'affirmer comme un expert en criminologie. Son dernier livre « L'énigme Seznec » sort, opportunément, aux éditions de La Lauze alors que la Cour de Cassation doit se prononcer, à partir du 5 octobre prochain, sur la validité de la demande de révision du procès qui a conduit au bagne un bien commode coupable.

 

                        Comme beaucoup de victimes d'erreurs judiciaires, Guillaume Seznec n'était pas tout à fait blanc-bleu ; quand on s'expose aux foudres des magistrats, il vaut mieux, même si la peur est compréhensible, s'avancer, sans reproche devant ses juges. Pour avoir prêté le flanc à la calomnie ou à la suspicion, beaucoup d'innocents qui n'étaient pas exempts de critiques indépendantes des forfaits qu'on leur imputait eurent la tête tranchée ou passèrent des mois, voire des années derrière les barreaux, De récents exemples sont là pour attester que faillibilité de l'instruction et iniquité des sanctions prononcées restent, de nos jours, monnaie courante.

 

                

                          Maître de scierie à Morlaix Guillaume Seznec arrondit sa pelote, au sortir de la première guerre mondiale, en s'accoquinant avec le conseiller général Pierre Quémeneur qui participe à un vaste trafic d'automobile au bénéfice de la Russie soviétique. En mai 1923 les deux comparses quittent Rennes pour se rendre à Paris où ils doivent livrer une cadillac. On ne reverra plus jamais l'élu du Finistère et le scieur sera accusé d'un crime sans témoin ni cadavre… mais peut-être pas sans motif comme le donne à penser un acte de vente d'une propriété de Quémeneur à son ami, conclu bien en dessous de la valeur réelle du bien cédé.  Accusé du meurtre de Quémeneur, Seznec niera ce crime jusqu'à son dernier jour qui surviendra en 1954, 7 ans après avoir été gracié par le général de Gaulle. Il n'en aura pas moins passé 23 ans au bagne de Cayenne.      

                        Des investigations policières bâclées, voire orientées comme le pensent beaucoup, auront hâtivement conclu à la culpabilité de Guillaume Seznec. On peut pourtant douter de leur crédibilité quand on sait que l'un des enquêteurs ne fut autre que l'inspecteur Bonny qui sera révoqué à la fin des années 30 et deviendra plus tard le fameux tortionnaire gestapiste de la rue Lauriston. Fusillé pour trahison à la libération, Bonny, aura préalablement, reconnu, dans l'affaire Quémeneur, des manipulations de pièces visant à charger l'inculpé.

                        Officier de police à la retraite, Guy Penaud s'attache, dans son livre, « L'énigme Seznec » diversement apprécié, cela ne surprendra pas grand monde en Bretagne, à revisiter tous les documents disponibles. Selon l'auteur Seznec est bien coupable du meurtre du conseiller général : « J'ai évidemment lu tous les livres publiés sur ce sujet, mais aucun ne s'est attaché à raconter l'affaire chronologiquement et dans le détail, avec à chaque fois les éléments à charge et à décharge. Au fur et à mesure, ce sont ces éléments eux-mêmes qui m'ont conduit à (cette) conclusion, après avoir passé en revue toutes les hypothèses, y compris celle de la machination policière » (1).

                        Sans emporter l'adhésion, il s'était déjà livré à cet exercice en 2002 avec « Le triple crime du château d'Escoire » relatant l'assassinat du père, de la tante et de leur bonne d'Henri Girard, le talentueux Georges Arnaud du Salaire de la peur, qui fut exonéré par les assises de la Dordogne d'une véritable boucherie commise à coups de serpe.

            Dans un cas comme dans l'autre il n'apporte aucun élément véritablement nouveau mais s'assure, à la faveur de l'intérêt suscité par des publications supplémentaires sur des dossiers sensibles ayant déjà fait couler beaucoup d'encre, une notoriété enviable qui, sans nul doute, ravit son éditeur, le même pour ces deux documents en souffrance d'informations inédites.

            L'historien périgourdin, volant au secours de la grande maison et de la justice absoutes par sa démonstration, de toute faute, a remis, fraîchement imprimé, son texte aux magistrats qui doivent statuer sur une éventuelle réhabilitation posthume  du forçat, envisagée dès 2001, par l'ancienne Garde des Sceaux Marylise Lebranchu.

            Espère-t-il peser sur leur décision finale ? Il s' en défend et prétend avoir tout juste voulu les éclairer, précisant même que son travail « leur a été communiqué, à titre d'information. »

             Louable intention !

             Histoire d'y voir plus clair on attend également avec impatience que d'autres auteurs et d'autres rotatives crachent, à leur tour, des recherches affinées sur des affaires demeurées controversées comme … le suicide de Robert Boulin  ou celui du gendarme Christian Jambert. Vous savez, celui qui a mis fin à ses jours… en se tirant deux balles dans la tête ! 

  Ch.C. 27/9/2006.

 

(1)     Curieux pourtant ce témoignage de Pierre Le Petit Corps. "Mon père était adjudant de gendarmerie à la brigade de Paimpol. Il a participé à la fouille de la propriété de Quémeneur, le 29 novembre 1953. Officiellement, aucun cadavre n'y a été retrouvé durant cette opération [pilotée par la police mais exécutée par la gendarmerie]. Et pourtant, en fouillant dans des papiers familiaux [en 1992], regardez ce que j'ai trouvé..." Trois photos. Et un bordereau d'accompagnement. Les photos sont prises vers 17 h, ce jour-là. Sur l'un des clichés, entre les arbres, au pied d'un gendarme : un crâne qui affleure le sol retourné.

 

 

Guy Penaud (1) ne croit pas à l'innocence de Guillaume Seznec.  Drôle de coupable que ce scieur de Morlaix, auteur d'un crime sans mobile ni cadavre qui se paye le luxe d'endurer 14 ans de souffrances supplémentaires alors qu'on lui offre la liberté !

            « En 1933, la Ligue des Droits de l'Homme parvint à obtenir une grâce présidentielle pour le bagnard Seznec, que ce dernier refusa. Il expliqua qu'il ne voulait pas être gracié mais réhabilité car un innocent ne demande pas pardon, il réclame la justice ! » 

http://www.toutelhistoire.com/scripts/Dossiers01.asp?id=10#

 

 



16/12/2006
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