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Raconte moi ...Bourdeilles

Raconte moi ...Bourdeilles

 

Pendant  presque trois ans, avant et un peu après la tempête de 1999, j'ai eu des rendez-vous quasi quotidiens avec Paul Mercusot. Pour autant, malgré la régularité de nos rencontres, il ne me comptait pas parmi ses intimes… nos relations, bien qu'assidues, étaient uniquement d'ordre professionnel et mes visites n'avaient d'autre objet que la remise de chèques, d'espèces ou le dépôt de colis et de courriers destinés surtout aux clients éloignés de ma librairie ancienne…

Je concède cependant avoir pris du plaisir à nos conversations même si celles-ci étaient fréquemment interrompues par l'apparition d'usagers trop empressés pour n'être point importuns !!

J'appréciais son sens de la répartie, son humour décalé et caustique, paradoxal chez un fonctionnaire provincial… et acceptais, comme incontournable revers de la médaille, ses sautes d 'humeur, parfois  déstabilisantes !

 

Paul,qui avait bourlingué et mené une vie aventureuse, faisait une fin prématurée à Bourdeilles où La Poste l'avait nommé receveur.

Petit à petit, et à bâtons rompus, il m'avait fait part, de son passage dans la police. Je connus, également, ses errances Nord-Américaines et son attirance pour les grands espaces

 

Mal intégré dans la communauté villageoise et peu friand de ragots, je n'ai jamais su comment la population le considérait vraiment. En revanche comme il parlait parfaitement l'anglais, la qualité de ses relations avec les usagers d'outre Manche ou des USA sautait aux yeux. Le receveur de Bourdeilles tirait fréquemment d'embarras des touristes britanniques et des résidents étrangers qui n'ayant pas un mot de français à leur vocabulaire sombraient dans le désespoir lorsqu'il s'agissait, pour eux, d'expédier un télégramme, ou d'effectuer une opération bancaire !

 

Tout juste ouverte, place de la Grave, Paul avait poussé la porte de ma librairie, à l'enseigne de « L'Amateur de livres », dans l'intention d'acheter un bouquin de criminologie que je ne détenais pas, bien qu'à l'époque, mon fonds fut riche de plus de dix mille titres !

Jamais cependant, au cours des années qui suivirent et malgré ma fréquentation régulière du bureau de poste,dont ne me séparait guère que la Dronne enjambée par le pont à avant-becs, il ne me fit part de sa passion de l'écriture ; je n'en eu connaissance qu'en 2006, à la faveur d'un article du quotidien Sud-Ouest. Le virus, latent, chez lui, depuis des années, s'était pourtant propagé à l'ombre du donjon médiéval au sommet duquel, quelques siècles plus tôt, le chroniqueur Brantôme devait ruminer ses échecs amoureux auprès de Jaquette de Montbron, son inaccessible belle-sœur. Le Postier avait déjà, noirci bien des cahiers. lorsqu'il en soumit quelques uns à la lecture critique de  Vladimir Volkoff, notre proche voisin de La Rigeardie

Célèbre auteur du « Retournement », échoué, comme tant d'autres dinosaures sur les tristes rivages du « Pays de l'homme » universellement connu comme le cimetière, par excellence, des éléphants, Vladimir Volkoff parcourut et annota  le premier jet de « La lettre du Montana »

Le récit, enlevé, raconte le voyage initiatique, d'un français du Tarn et Garonne à la recherche de son frère disparu depuis vingt ans. Ce texte, nourri de la longue errance de Paul en terre Nord américaine  ne dut pas dépayser l'écrivain et essayiste protéiforme auquel il fut présenté. Vladimir Volkoff, diplômé en lettres classiques, docteur en philosophie et un temps enseignant outre-Atlantique, faisait, il est vrai, des infidélités récurrentes à la littérature austère et savante en s'aventurant dans la science-fiction ou le polar. Il était aussi, sous le pseudonyme de Lieutenant X, le créateur de « Langelot » juvénile agent secret qui de 1965 à 2004 fit, en 40 volumes, les beaux jours de la Bibliothèque Verte  !;

La lettre du Montana bénéficia donc de ses conseils et remarques avisés Certains esprits malveillants lui attribuèrent la paternité de l'œuvre  qui finalement fut publiée, en juillet 2006, aux éditions Le Temple d'Or

Si Paul souffrit de ces insinuations mensongères et venimeuses, il dut aussi se rengorger d'en avoir été la victime. En creux, ces accusations laissaient entendre que son talent n'était pas négligeable puisqu'on le comparait implicitement à celui de son mentor !

La cabale devait cependant faire long feu. Le décès, en  septembre 2005 de Vladimir Volkoff qui l'affecta sincèrement ne devait pas interrompre la rédaction de « Disparaître » et de « La terre Promise », suites de « La Lettre du Montana ». (1)

Deux autres volumes à venir, (le manuscrit de l'un, « Les bottes rouges » est achevé et sera bientôt publié), prolongeront cette saga aventureuse dont la qualité littéraire s'approche de celle d'Exbrayat !

Pour l'heure Paul Mercusot s'investit dans l'écriture d'un tout autre ouvrage consacré, celui-là, à sa cité de Bourdeilles. Il ne s'agira pas d'une nouvelle monographie patrimoniale sur un bourg qui fut le siège d'une des quatre baronnies du Périgord et dont les hautes falaises, percées de grottes et d'habitats rupestres nous transmirent les œuvres gravées ou sculptées des premiers artistes de la préhistoire.

Le livre, rehaussé d'une série de photographies de l'auteur, sera plutôt composé d'une galerie de portraits d'habitants de la localité. dont les confidences, les témoignages et les souvenirs restitueront la trame d'un tissu social mis à mal aujourd'hui, par les dérives de la post-modernité !

La liberté de ton employée donnera vraisemblablement du relief au compte-rendu de ces  nombreux entretiens ; pour preuve, cet extrait d'un texte consacré à Marguerite, ancienne collaboratrice de Paul Mercusot, que le Cornetabouquins propose ci-dessous, en guise de bonnes feuilles !

Ch.C le 7/4/2008

 

(1) Les 3 premiers ouvrages de Paul Mercusot on été publiés aux Éditions Le Temple d'Or http://www.tdo-editions.fr/

 

                                            Marguerite

« Je l'ai connue en prenant mon poste de receveur à Bourdeilles. Marguerite a travaillé avec moi deux ans à temps complet, avant que son emploi ne devienne un mi-temps. Il a été finalement supprimé. En quelques années le bureau de plein exercice, dont les encours couvraient toutes les charges, y compris les deux salaires, devint une annexe ouverte uniquement le matin. L'annexe est en passe de fermeture définitive. Elle ne tient que par la résistance des Élus locaux face à la broyeuse postale. 

Marguerite est une tartine de miel, un pain d'amour. Elle avait un mot gentil pour chaque client, une patience à toute épreuve. Ses qualités de coeur en faisaient le remède à tout problème, pour lequel elle trouvait toujours une solution. Elle était issue d'un vivier postal qui faisait toute la richesse de la campagne. Aujourd'hui les solutions sont interdites et sanctionnées par la poste, et l'oreille ne doit être attentive qu'à la vente de produits dispendieux. 

Marguerite fait bonne figure aux nouvelles méthodes de gestion. Elle oppose une fausse sérénité aux cadres des années deux mille, clonés, formatés aux mêmes discours. Ils sont parachutés dans des entreprises dont ils sabordent consciencieusement le fonctionnement, sans réaliser un seul instant que ces méthodes s'appliqueront aussi à eux.

Le nouveau management français est directement issu des tablettes de l'église de scientologie. Marguerite résiste à la politique de la terre brûlée, mais ne dira pas un mot de ses souffrances. En revanche, je suis libre de mes mots et de mes opinions. Je suis le témoin indirect des outrances qui se multiplient dans les entreprises du département. Que ce soit à la poste, à la banque, dans des centres du département qui accueillent des enfants handicapés ou délinquants, des associations reconnues d'utilité publique, à vocation d'accueil de toxicomanes, je constate tous les jours la propagation d'un virus maltraitant, sanctifié par le système : une société qui considère les malades comme source de prix de journée, les travailleurs uniquement en terme de chiffre d'affaire... »

Au cours de l' été 2008, 2 nouveaux blogs ont fait leur apparition sur la toile: ceux de Paul Mercusot qui vient de publier un 4ème livre, Les bottes rouges, aux éditions du temple de l'Or. L'auteur a déjà mis en ligne sur son site http://salegosse.wordpress.com/   de savoureuses chroniques dont la lecture déridera l'internaute le plus neurasthénique !

Agréablement illustré http://bourdeilles.wordpress.com/ brosse, quant à lui, un portrait vivant de Bourdeilles et de ses habitants 



05/06/2008
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