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Lettres & le néant

Lettres & le néant

             Éditeur ou librairie voilà bien en Périgord deux états qui relèvent du sacerdoce ! le peu de goût pour la lecture des habitants du pays de l’homme rend, ici, périlleux l’exercice de ces métiers du livre et contraint ceux qui les pratiquent à une totale abnégation. Françoise et Bernard Tardien à la tête de la maison Fanlac assurent mener « une vie de militants » au service de l’écrit. Si leur préoccupation majeure n’est pas de dénicher de bons textes, leur « vraie trouille c’est de ne plus trouver, pour ceux-ci, de lecteurs ». Heureusement ils leur reste, pour boucler les fins de mois, le régionalisme, ce segment nombrilliste qui leur évite de boire la tasse (le bouillon serait plus indiqué eu égard à leur profession mais Beaufpointcom, ancien libraire, n’a pas le cœur à parler de corde dans la demeure de pendus).

            Ce régionalisme qu’aurait pu chanter Jeanne Moreau sur paroles et musique de Guy Béart dans les années 80 « Parlez-moi de moi y’a que ça qui m’intéresse » est bel et bien le radeau de la méduse de l’édition provinciale. Ce genre littéraire se décline en plusieurs groupes, l’un consacré, on hésite à employer le terme légèrement inadéquat, à la gastronomie locale fondée sur la trilogie truffe, foie gras et cochonnailles, l’autre voué au patrimoine archéologique et monumental, grottes, châteaux, églises  dont raffolent les touristes en bermuda,  sans oublier bien entendu les essais et les monographies à caractère historique. Une catégorie d’ouvrages ayant pour sujets de prédilection l’occupation et la résistance et dont les pages sont peuplées de maquisards héroïques qui s’arrangeaient avec leur conscience de l’exécution d’otages fusillés en représailles de coups de mains aventureux contre une armée sur le départ. L’éloge de la Franc-maçonnerie s’avère aussi un bon fromage tant il est vrai qu’elle est omnipotente en Dordogne, patrie, entre autres, d’hommes politiques comme les « frères » Georges Bonnet et Yvon Delbos, qui ont éclairé de leurs lumières sourdes les culs de basses-fosses de la démocratie républicaine.

            Reste que la République des lettres du Pays de l’homme s’enorgueillit aussi de la présence dans ses rangs de quelques trublions ayant accédé à la notoriété sans le concours des médias cathodiques. Parmi eux,  une chienne de garde en jupon de soie, Rachilde, a déjà été revisitée. Léon Bloy, une grande gueule, authentique grenouille de bénitier vociférant un ton plus haut que le bœuf ses imprécations, conserve ses admirateurs alors qu’un curieux avatar controversé de Gide et de Michaux, François Augiéras, vient depuis peu de s’en découvrir de nouveaux, 36 ans après sa disparition. Les productions de celui-là connaissent, aujourd’hui, un regain d’intérêt et recueillent les vibrantes louanges des descendants de ceux à qui sa vie cahotique inspirait de véritables haut-le-cœur… Il n’en fallait pas plus pour que, flairant le bon filon, Roger Bourrinet qui veille aux destinées de « La Lauze »( 115 ouvrages imprimés sur ses presses en tout juste 7 ans) s’engouffre dans la brêche. Faute d’avoir eu Paul Placet  (François Augiéras un barbare en occident Editions de La Différence/ Minos, janvier 2006) dans son écurie, l’éditeur périgourdin se console avec José Corréa qui inspira un vif amour  à l’auteur d’ « Abdallah Chanba » publié en 1949 par Pierre Fanlac. Le bouquin de Corréa « Augiéras, le maître des Fougères » qui, paraît-il, ne serait pas une hagiographie vaut-il mieux que les déballages médiatiques scabreux de la tribu d’Ivo Livi ? On peut se poser la question. Quoi qu’il en soit ill pourrait, ailleurs que dans le département, connaître un franc succés. Comme les Céliniens, les inconditionnels du « diable ermite, écrivain, peintre, aventurier, chaman assoiffé de vibrations telluriques dans les grottes de la Vézère, esthète misanthrope en mal de reconnaissance, comédien et martyr, mort dans la misère, la folie et l'oubli, en 1971 » que dépeint Jérôme Glaize dans un récent papier de Sud-Ouest sont assoiffés de témoignages…originaux.

            Mais, force est de constater qu’en matière de rentes éditoriales aucun auteur récent n’est parvenu à supplanter le barbu de Montignac, maître de la loge Française d’Aquitaine de Bordeaux et promoteur d’un socialisme agrarien annonciateur des idéaux Maréchalistes ! Quelle est la maison périgourdine au catalogue de laquelle ne figure pas tout ou partie de l’œuvre du fameux Eugène Le Roy, le papa du petit « Jacquou le croquant » qui continue, 108 ans après sa première parution,  à faire une belle carrière , jusque dans les salles obscures lesquelles, en matière culturelle, n’ont jamais si bien porté leur nom que lors de la projection du tragique film de Laurent Boutonnat si grassement subventionné par le Conseil général.

            À l’occasion de la célébration du centenaire de la mort de l’écrivain c’est une véritable avalanche de livres d’Eugène Le Roy ou dédiés à Eugène Le Roy qui va submerger les rayons des librairies. L’évènement permettra peut-être de renflouer des caisses vides car aux dires de Jacques Lagrange dont les sorties se multiplient pourtant à rythme soutenu « l’édition n’est pas une activité lucrative » . Même son de cloche chez Fédérop qui avoue ne pas en vivre  «  Les gens ne prennent plus le temps de lire »… surtout de la poésie, une de ses spécialités avec la littérature de voyage et les romans. Pour continuer à publier, la société de Gardonne devrait sans doute faire elle aussi des concessions sur le terreau duquel les Tardien sont parvenus à faire éclore, à l’été 2006 les magnifiques «  Fleurs de mai de Ventadour »  jardinées par William Merwinet qui se sont accommodées de ce substrat… dont les senteurs des aubépines littéraires sont parvenues, sans peine, à masquer le fumet.

Ch.C

 

Le Salon du livre de Paris qui s’est tenu du 23 au 27 mars porte de Versailles, a réuni, sous l’égide de l’ARPEL (L' Agence Régionale Pour l' Ecrit et le Livre en Aquitaine) la fine fleur des éditeurs périgourdins. Ceux-ci occupaient deux stands où se sont succédés les nombreux auteurs venus rencontrer dans la capitale leurs nombreux ( ?) lecteurs. Parmi  ces gens de plume se trouvait l’emblématique localier de Sud-Ouest Alain Bernard qui a confié, dans son compte-rendu aux abonnés du quotidien, tout le profit médiatique et financier qu’il a tiré de ce déplacement puisque, pendant la manifestation « (S)es Truffes du Tsar » (Copédit) s'égayaient sur la Radio du goût de Thierry Bourgeon, initiateur de Radio-Périgord après 1981 » alors que, cerise sur le gâteau, « (S)a Cuisine préhistorique (Fanlac 1998) » trouvait, toujours preneur ». Michel Testut qui n’avait pas « de nouveauté » en magasin aurait fait acte de présence pour asseoir son image de « bienheureux sage » ! On espère malgré tout qu’il sera parvenu à fourguer quelques exemplaires de ses invendus !



14/08/2007
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