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le « Pays des droits de l'Homme » inventeur des camps de la mort ?

 

le « Pays des droits de l'Homme » inventeur des camps de la mort ?

La Chambre criminelle de la Cour de cassation, statuant comme cour de révision, a rejeté le 14 décembre 2006, la requête visant à obtenir la réhabilitation du  bagnard Guillaume Seznec, condamné 82 ans auparavant, aux travaux forcés à perpétuité, pour le supposé meurtre de son ami le Conseiller général finistérien Pierre Quémeneur. 

Durant la meilleure partie de son existence le journaliste Denis Seznec, petit-fils du criminel présumé, se sera impliqué corps et âme dans ce combat incertain contre la sentence inique formulée par une institution qui n'en est plus, ne serait-ce que pour les périodes récentes, à une erreur judiciaire près. Sans remonter jusqu'aux malheureuses victimes du juge ayant instruit l'affaire de l'Auberge Rouge, les exemples ne manquent pas, de Mis et Thiennot, Christian Ranucci,  aux inculpés d'Outreau  en passant par l' infortuné Patrick  Dils,  de ces innocents broyés par la machine judiciaire.

Comment Guillaume Seznec, le scieur du pays de Morlaix, aurait-il pu échapper à une peine qui satisfaisait surtout policiers, magistrats  et politiciens de l'entre-deux guerres  et que ne souhaitèrent jamais désavouer ceux qui leur succédèrent sous ces républiques épanouies sur les décombres de l'État Français Maréchaliste? (1)

Comment diable son petit-fils aurait-il pu parvenir à ses fins, au terme de cette épuisante confrontation  du pot de terre et du pot de fer,  alors même que l'institution, aujourd'hui encore, protège bec et ongles, ses juges déficients et incompétents ?

Après avoir écrit en 1992 « Nous les Seznec » (2) magnifique contre-enquête et témoignage poignant du combat des proches du condamné pour rétablir l'honneur d'un mari, d'un fils et d'un grand père qui ne cessera jamais de clamer son innocence, Denis Seznac a publié en 2001 chez Robert Laffont un nouveau livre, titré « Seznec le bagne »

L'ouvrage, terrible évocation des violences infligées à un homme dont la culpabilité ne fut jamais prouvée et qui, jusqu'à son dernier souffle, récusera toute implication dans un assassinat « sans cadavre ni aveux », est, à l'instar du  « Peuple d'en bas » de Jack London  un de ces documents choc qui font, à l'aune de l'actualité, douter de la cohérence du sens de l'histoire !

Les atroces conditions de vie des détenus, moins au bagne de Cayenne proprement dit que dans les camps, goulags avant la lettre, de la forêt guyanaises ou des Îles du Salut , y sont dépeintes avec toute l'infinie crudité des documents  officiels de la « Tentiaire », consultés par l'auteur et méthodiquement confrontés aux récits des survivants de cet holocauste feutré.

        

           Guillaume Seznec au premier plan à gauche

Redoutable administration pénitentiaire externalisée dont les cadres et les gardes-chiourme, fonctionnaires ou kapos du « Pays des droits de l' Homme » annonçaient, dès la fin du XIXème siècle, les futurs tortionnaires des camps nazis, « la tentiaire » devait jusqu'au lendemain de la fameuse « Libération » exercer son abjecte barbarie sur les prisonniers dont elle avait encore la charge !

          Aujourd'hui les conditions d'incarcération ne se sont guère améliorées dans les geôles de l'hexagone :  Le nombre de suicides (Un tous les 3 jours) ou morts suspectes en prison dépasse la centaine et le site http://prison.eu.org/ . rend compte des conditions de vie sordides de la population carcérale.

          La France s'attire, en ce domaine, les foudres des observateurs : « Régulièrement, les prisons françaises font l'objet de critiques, que ce soit au niveau national (rapports d'enquêtes parlementaires de 2000, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, d'associations comme l'Observatoire international des prisons) ou international, tels les rapports de l'ONU, du Comité européen de prévention de la torture (CPT)  Le Comité Européen de prévention de la Torture (CPT) dénonce depuis 1991 et plus récemment dans un rapport de 2007 faisant suite à des visites menées en 2006 des "traitements inhumains et dégradants", plus particulièrement sur les questions de la santé, du placement à l'isolement et de la surpopulation carcérale. »

 Guillaume Seznec fut, en 1947, près de 10 ans après le décret-loi signé Daladier portant sur la suppression du bagne, scandale humanitaire dénoncé dés 1923 par Albert Londres (3), l'un des derniers bagnards à être rapatrié. Il ne profita guère de sa liberté recouvrée puisqu'en novembre 1953 un chauffard conduisant une camionnette qui prit la fuite (La thèse de l'assassinat délibéré n'a jamais été franchement écartée) devait le faucher entraînant sa mort  3 mois plus tard !

En 1933, alors qu'il avait déjà enduré 9 ans de bagne, le forçat avait refusé de signer la grâce qu'on lui proposait déclarant « Il n'y a que les coupables qui demandent pardon. »

 Seznec Denis : Seznec le bagne in 8 br couv ill  398 pp  ill et cartes h.t Robert Laffont 2001  11 €

Ouvrage à commander auprès d'  http://lecornetabouquins.blog4ever.com  ou

http://notrecatalogue.canalblog.com/

Ch.C le 29/8/09 15 h

 Lire aussi à propos de l'affaire Seznec : Série Noire.

 (1)              dont les cadres restaient rivés, quels que soient les aléas politiques, à leurs strapontins 

(2)              une nouvelle version très largement augmenté est parue en 2006 chez le même éditeur

(3)              http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Londres

 



02/02/2010
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