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Jean Malaurie :Terre Mère

L'existence de libraire d'ancien est une tragédie.  Exercer ce métier de masochiste implique l'acceptation du dépouillement ! Et se défaire de ses plus belles acquisitions, du fruit de ses plus heureuses traques, procure toujours la douleur d'une amputation sans anesthésie !

La lecture d'une notule publiée sur son blog par Frédéric Inizan a ravivé hier soir d'anciennes blessures. Notre confrère sarladais d'Orange bleue (http://orangebleue.blogspace.fr/)  évoque dans sa chronique quotidienne, la forte personnalité égotiste de Jean Malaurie (1) dont la gloire pourrait se suffire de ce seul ouvrage : « Les derniers rois de Thulé » comme celle de Levi Strauss s'accommoderait amplement de ses « Tristes tropiques »

De Jean Malaurie, dont les récits ont illuminé les ténèbres, sans aurores boréales, de nos nuits insomniaques, nous avons harponné, un jour de bonne fortune, l'édition originale, brochée, de son maître livre. Sur la page de faux-titre des « Derniers rois… » l'auteur avait exprimé, d'une franche  et virile calligraphie manuscrite, sa profonde reconnaissance à celui qui lui avait mis le pied à l'étrier. Son long envoi autographe signé, professait une admiration sans borne au dédicataire… un certain Paul-Émile Victor !

Parce que le métier l'exigeait nous avons vendu, bien peu cher, cette authentique merveille. Elle demeure, nous l'espérons, un des fleurons de la bibliothèque de l'archéologue Picto-Charentais José Gomez de Soto , client agréable et fidèle, qui s'en est rendu acquéreur il y a  environ 15 ans !

Les œuvres de PEV, « Boréal », « Banquise », couchées sur le papier rustique des Grasset  d'avant-guerre, nous avaient enchantés et les strates sédimentaires de nos lectures désordonnées conservent le souvenir des épisodes marquants de l'existence aventureuse de l'explorateur polaire !

En 1990, à l'occasion des fêtes de fin d'année, Ultima Thulé un grand et beau bouquin relié publié chez Bordas nous fut offert.  À cette époque, son auteur, Jean Malaurie, avait presque totalement oublié son mentor. En 320 pages in quarto le nom  du protégé de Charcot qui dirigea, à partir de 1947, les Expéditions Polaires Françaises  n'est cité laconiquement, et à contrecœur semble t-il, que 4 fois ! Pire, la bibliographie proposée ignore superbement  l'importante œuvre ethnographique et littéraire de PEV.

Cette mesquinerie choquante, avait, je me le rappelle, gâché l'exploration d'un volume magnifiquement illustré qui se voulait ode somptueuse aux conquérants de ce monde glacé.

Depuis cette publication Malaurie a bien vieilli  : il est devenu un personnage suffisant, un donneur de leçon, un gourou… qui fait encore un peu illusion et cherche à faire oublier que  le meilleur de sa production date déjà d'un temps éloigné où la banquise ne fondait pas encore  et où il s'estimait  redevable à un certain Paul-Émile Victor  de la quintessence de  son destin !

 

 Ch.C le 13/4/2008

 

(1)               Les éditions du CNRS viennent de publier « Terre Mère » un condensé du discours fleuve prononcé en juillet 2007 devant l'UNESCO par Jean Malaurie à l'occasion de sa nomination à la fonction d'ambassadeur de bonne volonté pour les régions polaires arctiques.

 Terre Mère 60 pp 4€

                     

           



13/04/2008
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