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ITINERAIRES DANS LE PARC

ITINERAIRES DANS LE PARC  

 

Le PNR Périgord-Limousin, ou Limousin-Périgord suivant l'appartenance administrative des entités territoriales qui le composent,  est au plan écologique une coquille vide. Sur son vaste territoire au découpage et limites aberrantes (de quelle unité géographique et naturaliste la structure peut-elle bien se prévaloir, elle qui unit arbitrairement granit et calcaire, chênaies caussenardes et châtaigneraies limousines ?) les chasseurs conservent la haute main sur la gestion de sa faune sauvage tandis qu'on s'apprête, à sa frontière Thibérienne, à construire un incinérateur,  véritable Tchernobyl du recyclage, et que l'Etat et bien des élus locaux espèrent toujours implanter en pays Piégutain un « laboratoire » souterrain de stockage des déchets nucléaires.

Aux yeux de ses promoteurs le PNR Périgord-limousin trouve justification à son existence dans l'état de déshérence de l'économie touristique locale. L'attribution d'un tel label, qui, au demeurant, ne fait supporter aucune contrainte aux agriculteurs et industriels pollueurs, est, comme le disent aujourd'hui les occitans reformatés,  un « booster » en terme de notoriété pour un espace qui regroupe, sur les marches sud et nord des deux départements  de la Haute Vienne et de la Dordogne, 78 communes et compte 50 000 habitants répartis sur 1800 km².

Dans le but de séduire -et parfois d'abuser- le vacancier désorienté par l'avalanche de RTT qu'il ne sait à quoi employer, les dirigeants du parc, saisis par la fièvre de la communication, font flèche de tout bois. Même si, modernité oblige, internet est requis d'office pour faire connaître tous les charmes de la région, les supplétifs de la galaxie Guttenberg sont également enrôlés. Dans son coin chacun y va, avec plus ou moins de bonheur et de pertinence, de sa célébration du cèpe, du feuillardier, des ruines du donjon de Châlus, de l'impétuosité du « saut du Chalard » ou de son éloge de l'extraordinaire décor minéral engendré par la profusion des stalactites  -qui tombent- de la grotte de Villars elle- même si proche des émouvantes mais austères ruines de l'abbaye cistercienne de Boschaud et de cet inoubliable château de Puyguilhem dont les pierres séculaires sont transfigurées par le sourire de la Renaissance…

L'ouvrage de Frédéric Dubuisson  « Itinéraires touristiques et culturels dans le P.N.R.Périgord-Limousin » dont ont récemment accouché, en deuxième édition, les presses de l'imprimerie Lienhart à Aubenas d'Ardèche, n'est heureusement pas rédigé sur un mode aussi emphatique. Le livre serait plutôt un acceptable guide riche d'informations concernant le patrimoine naturel, architectural, ethnographique et culturel du bocage limousin, des derniers contreforts du Massif Central, des plateaux Jumilhacois et du bassin supérieur de la Dronne.            Comme tout ouvrage de compilation il n'est toutefois pas exempt d'erreurs, d'imprécisions ou d'omissions liées à de mauvaises sources. Erreur, notamment, que de faire de Denis Peyrony l'inventeur des gravures de la grotte ornée de la Mairie à Teyjat ; cette attribution, fable archéologique tenace, ne doit plus beaucoup tourmenter dans sa tombe celui qui les a réellement mises au jour : Pierre Bourrinet ! Démarche attentionnée de l'auteur, en revanche, s'agissant du sanctuaire magdalénien de la Font Bargeix à Champeaux et la Chapelle Pommier ; il tait les noms des chercheurs qui révélèrent en 1986 le décor pariétal- cervidés, équidés, images sexuelles et représentation humaine - vieux de plus de 10 000 ans  et resté inconnu du prestigieux aréopage des préhistoriens attelés de 1978 à 1983 au lavage de silex recueillis sous le porche de la caverne. La modestie des artisans de cette découverte eut pu en souffrir ! Comme aurait pu déplorer également Louis Le Cam de voir son patronyme associé à la villa gallo-romaine de Nontronneau  qu'il avait mise au jour, fouillée et étudiée avec tant de passion !

N'ayant pas eu sous les yeux les publications ad hoc, nombreuses pourtant, F.Dubuisson passe également sous silence l'existence de la grotte de Fronsac à Vieux-Mareuil. Pourquoi en aurait-il été autrement ? Etudiées par des spécialistes venus du monde entier ses gravures paléolithiques exceptionnelles n'ont depuis près de 20 ans fait l'objet d'aucune mention dans aucun livre né d'une « plume » périgourdine. Dans la même commune, on recherche en vain  une ligne sur le superbe cluzeau du Roc de Rape  tout comme on s'étonne de ne pas voir figurer à la rubrique Argentine et La Rochebeaucourt l'important et spectaculaire site troglodytique réunissant la « grotte des tombeaux », la « grotte de l'église » et le pigeonnier rupestre creusé comme les cavités précédentes dans la falaise au pied de laquelle coule la Nizonne. On ne trouve pas davantage trace du vaste et aérien cluzeau de Champeaux. Vraisemblablement Serge Avrilleau  « un des meilleurs spécialistes du phénomène » n'a pas été consulté !

Si on peut, ici et là, relever d'autres lacunes  - F.Dubuisson  passe sous silence « Quadrille sur la tour » de G.E.Clancier, dans lequel l'écrivain Limougeaud évoque, de façon romanesque,  ses souvenirs de jeunesse à Châlus,  n'extrait aucun titre de la bibliographie, pourtant pléthorique, de Léonce Bourliaguet  et semble ignorer qu'à Javerlhac naquit en 1853 le dessinateur et peintre Fernand Desmoulin à l'œuvre duquel la ville de Brantôme a consacré un superbe musée  - le guide du PNR se rend coupable en outre de quelques complaisances regrettables à l'égard de certaines collectivités locales - le travail de réhabilitation du patrimoine architectural entrepris par la ville de Nontron est une triste plaisanterie, ce dont conviendra tout observateur impartial  face aux saccages urbanistiques commis place Paul Bert et place des Droits de l'Homme. Quant au musée départemental d'art contemporain de Rochechouart, il vaut mieux l'éviter si on est insensible à la « modernité » d'artistes adeptes de la « performance » quand ce n'est pas de « l'installation. »

            Moins répréhensible est la pudeur de l'auteur évoquant un des chapiteaux du porche de l'église de Saint Front sur Nizonne ; « …un homme à tête lunaire désignant son sexe avec son bras. » Il s'agit pourtant de la représentation d'une scène de masturbation dépourvue d'ambiguïté !

Ce ne sont là, malgré tout, que défauts mineurs dont n'aura cure le promeneur estival. Celui-ci  trouvera son bonheur dans une prise en main par le texte ne laissant aucune place à l'improvisation. Le gîte et le couvert, du camping à la ferme au 3 étoiles, de la table d'hôte au restaurant gastronomique, la liste quasi exhaustive des revendeurs de productions agricoles du terroir, des « bonnes adresses,» des créateurs et artisans « d'art », l'inventaire complet des activités sportives ou culturelles …les dates, les heures, tout est soigneusement répertorié, référencé…Bref on croirait parfois lire, sinon les pages jaunes de l'annuaire tout au moins « Le petit futé » ou le  « Guide Dordogne-Périgord » paru chez Fanlac ; hélas comme chez ses modèles, le manque de démarche critique livre pieds et poings liés le lecteur à des professionnels ou réputés tels ne méritant pas toujours d'être tirés de l'anonymat. Le « publi-reportage », fut-il involontaire, ou le rédactionnel en service commandé trouvent là leurs limites.

Les 165 pages,  format petit in octavo étroit, malheureusement dépourvues d'illustrations de qualité, des « itinéraires touristiques et culturels dans le parc naturel Périgord-Limousin » permettent toutefois et en dépit des réserves formulées, de pérégriner sans trop d'aléas dans des lieux  voués irrémédiablement, à l'instar du Sarladais voisin, à une perte d'identité prochaine .

Christian Alain Carcauzon

 

Itinéraires touristiques et culturels dans le parc naturel Périgord-Limousin par Frédéric Dubuisson. L'Entonnoir éditions. Juin 2003.10 euros.

 

 

 



17/12/2006
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