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EGLISES ET CHAPELLES OUBLIEES

EGLISES ET CHAPELLES OUBLIEES

 

 

 

     En novembre 2002 Pierre Pommarède  publiait aux éditions Pilote 24 un attrayant florilège de notes savantes amassées au cours de vagabondages inspirés à travers «  Le  Périgord des églises et des chapelles oubliées ». Préfacé par l'Académicien français Pierre Rosenberg l'ouvrage, un fort volume relié de 269 pages abondamment illustrées, présentait au lecteur, sans soucis d'exhaustivité, plus d'une centaine de monuments cultuels, souvent ignorés, même des  périgourdins de souche.

     Qui, hormis quelques rares spécialistes d'architecture sacrée, pouvait, en effet, se vanter de connaître, auparavant, l'humble oratoire de la Font-Fayette à Sarlande, où les fidèles venaient implorer la guérison des maux de dents, le prieuré de Briac dont les ruines, au milieu de la forêt de Beynac, servaient toujours, il y a 100 ans, de carrière de pierres aux habitants de la contrée ou bien encore ce monastère d'Aillac, proche de Molières vestiges d'une construction qui au XVème siècle apparaissait  « bien basti et fort agréable » et dont, maintenant, le soleil ne « réchauffe (plus) que les moignons et les cicatrices » ?

     Combien d'amateurs de vieilles pierres, s'étaient-ils, comme l'auteur, émerveillés, des caresses prodiguées par « une lune laiteuse » aux «  murailles blafardes » de cette église du Cheylard, dans la commune des Farges, qui, depuis près de deux siècles, « se désagrège parmi la végétation » tandis que son cimetière « disparaît sous les chênes et les fougères » ? Combien d'adhérents de la Société historique et archéologique du Périgord avaient-ils eu vent de l'existence de cette « merveille romane enfouie dans la mousse » qu'est la chapelle de Bouley sise quelque part entre la cité comtale de Montignac-sur-Vézère et le château du Sablou ? Et parmi les bataillons de la docte et savante compagnie qui pouvait, mieux que Pierre Pommarède, tour à tour historien érudit, poète sensible et conteur captivant ressusciter, en dépit de meurtrissures séculaires, tant et tant d'édifices dont on croyait à tort qu'ils avaient été définitivement dépossédés de leur mémoire ?

 

     Aujourd'hui le président de la SHAP donne, chez le même éditeur et pour la plus grande satisfaction de ses lecteurs attentifs, le second  tome de son « Périgord des églises et chapelles oubliées »

      Sous-titré « A l'ombre du clocher » ce nouveau document présenté par Maurice Druon est, selon le secrétaire perpétuel de l'Académie française, « un livre fervent…(au) style limpide» C'est aussi et surtout un livre passionnant car, suivant, en cela, les recommandations de Jean Secret qui disait que pour bien connaître une église il convenait, en premier lieu, d'en faire le tour… l'auteur, poussant la porte des vieux cimetières paroissiaux,  qui enserrent beaucoup d'entre elles, révèle le charme prégnant de ces dormitaria  autrement dit de ces lieux « où l'on dort en attendant sous le cyprès, le buis ou le noyer, une autre vie ». Bien des surprises y troublent le visiteur parti à la découverte de  ces enfeus, ces tombes, ces croix hosannaires, ces lanternes des morts …qui abritent et protègent  le dernier sommeil des trépassés inhumés  au collier de sanctuaires dont les murs gouttereaux se couvrent de croix de consécration, de marques de tâcherons, de graffiti…et où la fuite inexorable du temps se mesure à la lente mais rassurante course de l'ombre portée du gnomon du cadran solaire. Pierre Pommarède assure qu'il  a « dans une recherche sommaire, remarqué trente-quatre (de ces horloges) gravé(e)s dans vingt-six églises différentes ( huit en Nontronnais, cinq en Sarladais, six en Bergeracois, sept en Périgord centre et dans la vallée de l'Isle) » Comme décidément rien n'échappe à son œil vigilant il s'attarde à inventorier et décrire quelques remarquables baies campanaires, quelques audacieux clochers-murs, certaines de ces nombreuses gargouilles inspirées aux tailleurs de pierres par l'inépuisable ressource de « l'oisellerie et de la faune » sans oublier ni les cloches, ni les girouettes à l'effigie de ces Chanteclers qui « cocoricotent entre la terre et le ciel », ni même les portes de chêne aux lourdes pentures, aux pênes et  serrures fabriqués avec soins par les artisans du cru…

     Il n'oublie pas surtout de présenter quelques admirables ou surprenants portails dont beaucoup ont déjà fait l'objet d'études approfondies mais c'est pour mieux évoquer, à la suite de ceux de Bussière-Badil ou de Besse d'autres moins célèbres mais tout aussi remarquables ; ceux des églises de Saint-Sulpice de Mareuil, de Saint Martial de Valette, de Saint Martin le peint et du Coux… Leur décor apparaît, parfois, bien peu catholique comme à Saint-Front sur Nizonne  avec ses chapiteaux sur les représentations desquels…beaucoup d'archéologues naguère s'abstenaient de faire de longs développements ; l'invite triviale d'une femme nue et la masturbation frénétique de son voisin appartenant à une thématique qui était, en règle générale, reléguée sur les modillons des corniches, juste en dessous de la tuile et de la lauze… Encore que, exception de taille, dans le chœur de l'église de Saint Sulpice de Mareuil les ciseaux de l'imagier roman aient sculptés dans le calcaire local…une scène que l'observateur contemporain pourrait, à bon droit, juger érotique sinon pornographique ; une dame, poitrine dénudée, flatte le sexe de deux hommes, cuisses écartées, accroupis à ses côtés. La lecture admise de ces « Obscénia » est paradoxale ; leur vocation serait dissuasive et aurait pour objet de détourner le croyant du pêché charnel…Drôle de mise en garde et d'une efficacité douteuse ! En réalité on ne sait plus très bien décrypter le message. Les seuls à s'y être véritablement essayés sont Anne et Robert Blanc. (1) Leur interprétation renouvelée de l'iconographie lapidaire médiévale, traduction, selon eux, de l'effort spirituel incessant qui conditionne le passage du vieil homme » à « l'homme nouveau »  n'est pas sans rappeler la démarche intellectuelle d'un André Leroi-Gourhan cherchant à percer le sens du message des artistes du paléolithique supérieur. Sans admettre leurs analyses Pierre Pommarède cite leur contribution dont on devrait bientôt reconnaître l'importance majeure.

 

     Les deux tomes du « Périgord des églises et chapelles oubliées » deviendront très vite, sans le moindre doute, une référence incontournable : le texte, aux qualités littéraires indéniables, est valorisé par une mise en page impeccable. Elle fait une large place aux photos de Jacques Brachet choisies avec pertinence par l'éditeur l'auteur et son collaborateur. On peut regretter cependant la platitude de trop de clichés dont le cadrage voire même la définition laissent à désirer. En outre le recours systématique à la couleur ne s'imposait guère pour un tel sujet auquel aurait mieux convenu l'emploi du noir et blanc  que l'héliogravure chaleureuse et profonde magnifie à la perfection.

 

CHRISTIAN-ALAIN CARCAUZON

 

 

 Pierre Pommarède et Jacques Brachet Le Périgord des églises et des chapelles oubliées

Tome I & II 269 et 262 pages 50 et 55 €  Pilote 24 2002-2004

 

 

(1) Blanc A & R  Les symboles de l'art roman ; Paris, Le Rocher, 2000



17/12/2006
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