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De la différence entre images à caractère pédophile et clichés jugés révisionnistes

De la différence entre images à caractère pédophile et clichés jugés révisionnistes

 

Au cours des années 70, la sulfureuse photographe Irina Ionesco,  offrait aux regards interloqués ou concupiscents toute une série de photographies équivoques de sa fille Éva âgée alors d'une dizaine d'années. Saisie dans des poses de séductrice des années 20. la gamine incarnait à merveille la notion d'objet sexuel  propre à tourner le sang d'une armée de pédophiles.

La période s'accommodait de ces outrances convenues qui, aujourd'hui, constituent toujours le fonds de commerce de quelques uns

Christian Delécluse, quant à lui, donne à voir jusqu'au 18 août, à Bordeaux un ensemble de tirages border-line, réalisés entre 1993 et 1997, (1)

Réunies, au Musée d'Aquitaine dans le cadre de l'exposition « Humain très humain »  quelques-unes unes de ses photographies choquent légitimement le public qui peine à faire la différence entre oeuvres d'art impudiques et images  indécentes ou licencieuses dont la détention ou le téléchargement vaut  inculpation au regard de la loi !

Venant après l'épisode de l'exposition «Présumés innocents»  qui avait conduit  le directeur du CAPC (Centre d'arts plastiques contemporain de Bordeaux) devant le tribunal pour présentation d'oeuvres à caractère pornographique cette sélection était plutôt mal venue !

Une image, en particulier, titrée « Richard et Paul » présentant un père ( ?) sexe apparent maintenant un enfant (son fils ?) assis sur une de ses cuisses écartées, a suscité de vives protestations et provoqué  l'embarras des organisateurs.

Inquiets d'une réaction non anticipée ces derniers ont d'abord décroché, un jour, les photos des cimaises, pour  mieux les remettre en place le lendemain sous la pression d'exposants scandalisés et ayant poussé des cris d'orfraies jusque dans le bureau feutré d'Alain Juppé !

Peu disposé à affronter la cabale des bobos enragés  du cours Pasteur le maire a préféré jeter le gant. Finalement le public peut donc s'attarder devant cette composition comme devant bien d'autres tout aussi contestables.  (2)

 

Lorsque  le photographe Denis Darzacq.déclare «Je refuse d'être associé à une telle pantalonnade» il évoque la tentative de « censure » subie par son confrère Delécluse… pas une invitation faite au modèle à  cacher sa nudité!

 

Si, à Bordeaux, les uns s'élèvent contre la tentative de  censure de   « … représentants culturels , qui   préfèrent passer pour des cons plutôt que de débattre », d'autres, à Paris, appellent celle-ci de leurs voeux. Ils voudraient, sans autre forme de procès, mettre un terme à l'exposition « Les Parisiens sous l'Occupation » se tenant jusqu'au 1er juillet à la bibliothèque historique de la ville de Paris.

Objet de leur vindicte l'oeuvre du photographe André Zucca qui portraitura, en couleurs, le Paris du début des années 40 pour le compte de la revue de propagande Signal. Bien sûr ces clichés font l'impasse sur les rafles et les difficultés endurées, pendant cette période, par une partie de la population. Mais le reproche qu'on leur fait surtout c'est de montrer une ville quiète et des habitants paisibles, voire détendus ou joyeux  qui s'accommodent de la présence de la Wehrmacht  Quoi qu'on en dise ces instantanés reflètent aussi la réalité d'une époque qui n'était pas que souffrance, Même Jean-Paul Sartre, résistant auto-proclamé faisait jouer ses pièces grâce à l'imprimatur allemand et les salles de cinéma ne désemplissaient pas !

Ces photos dont personne n'ignore la vocation ne sont en rien choquantes : ce sont des documents historiques intentionnellement orientés comme. l'URSS et la Chine, en ont produit par millions  pendant des décennies. Rares, toutefois étaient celles qui avaient la légèreté  et la simplicité des prises de vues de Zucca. qu'on croirait sorties de l'album de famille(3) de ces innombrables français anonymes qui avaient opté, d'un cœur léger, pour la collaboration, qui courbaient le dos sous la bourrasque ou bien donnaient le change en l'attente de jours meilleurs !

Elles ne sont pas moins intéressantes que les images d'Épinal de la Résistance!

 

Ch.C le 14/4/2008

 

 

(1)   Christian Delécluse et Jean Vautrin Untel,père et fils Album relié 57 pp Éditions Cercle d'Art 1998 38,11 €

(2)   Pasteurocourssiens comme dirait Georges-Marc Benamou grand connaisseur de la langue Germano-pratine !

(3) LES PARISIENS SOUS L'OCCUPATION . Photographies en couleurs d'André Zucca [2008] , préface de Jean-Pierre Azéma, 176 pages, 228 ill., cart., sous couv. ill., 240 x 255 mm. Albums Beaux Livres, Gallimard -art. I



02/07/2008
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