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« Monsieur de Puyloubard »

C'est en 1928 que la marquise Marie Pindray d'Ambelle fit paraître aux éditions Plon « Monsieur de Puyloubard »

Bluette sentimentale sans grand intérêt littéraire, ce petit roman qui, aujourd'hui, ne déparerait pas la collection Harlequin, relate, les amours, un temps contrariées, d'. Amélie de Beaulignac et de Laurent de Puyloubard.

Les deux protagonistes appartenant à la petite noblesse provinciale sont issus de familles voisines que des choix contraires, sous la Révolution, ont séparé. Les 191 pages de l'édition originale racontent la naissance,  entre ces deux êtres, d'une tendre affection vite transformée en amour réciproque. La haine que voue la mère de la jeune fille au défunt père du garçon, doté pourtant, de toutes les qualités requises pour en faire le gendre idéal, semble interdire une issue favorable à cette idylle.

L'épilogue, ici, est moins tragique cependant que le sort, imposé par un Shakespeare orfèvre en dramaturgie, à Roméo et Juliette. Dans « Monsieur de Puyloubard » les deux tourtereaux finissent, après bien des sacrifices par surmonter les obstacles qui contrarient leur bonheur. Et comme l'action se déroule en 1820 la fin, puisqu'elle doit être heureuse, se conclut par une union devant Dieu et les hommes  !

Finalement réunis par les liens indéfectibles du mariage, Amélie et Laurent  sacrifieront certainement à l'embrasement des sens, mais de cela l'auteur ne pipe mot. Sans doute, prise au piège de son récit, destiné à édifier les âmes  chrétiennes bien nées, la digne  Marie Pindray, pénétrée de sa mission éducative transmet, de chapitre en chapitre, des valeurs morales d'un monde emporté par la première guerre mondiale, ravaudant inlassablement une trame  idéologique usée jusqu'à la corde

80 ans après sa publication plus grand monde ne se souviendrait de cet ouvrage de dames destiné à un lectorat féminin si l'auteur n'avait pris le soin d'en situer l'intrigue en pays Mareuillais à l'époque même de l'emblématique Jacquou le Croquant.. La veine régionaliste étant, alors, promise à bel avenir, l'habile marquise avait sous-titré, à juste raison, son livre : « Esquisse du vieux Périgord »  Comme pour lui assurer une place pérenne au Panthéon des lettres périgourdines !

De fait, l'adoption de ce cadre géographique ne devait rien au hasard. Cette partie méridionale du Nontronnais  « pays encore fort primitif » était bien connu de l'auteur dont les ancêtres  furent dès le XVIIème siècle propriétaires du domaine d'Ambelle, bâti sur une éminence, jadis boisée, entre Belle et  Nizonne.

Si quelques toponymes et patronymes ont été imaginés, voire modifiés. comme Beaulignac, dans lequel on devine Ambelle, ou  Montchoisy  qui évoque Puy Choisi dans la commune de Beaussac- d'autres sont authentiques et renvoient à des lieux, des châteaux, parfaitement réels.  Au premier chef Puyloubard, le nom du héros masculin. dont l'origine étymologique est sans mystère, la colline des loups,  suivi de Connezac l'Échanleuil, Pouffon, Poutignac, Piovit  Beaudifer, (1)Plessac …

Le récit d'une visite rendue par Mme de Beaulignac accompagnée de sa fille Amélie à leur sœur  et tante résidant à Brantôme donne l'occasion à la Marquise d'Ambelle, de décrire la contrée.

 Traversant la paroisse de Saint Crépin de Richemont les voyageuses dépassent La Croix-d'Agneau devant laquelle elles se signent « pieusement » puis «  quittant les bois, s'engagent dans une vaste étendue de landes appelées « Landes de Bagatelle » du nom d'un pavillon de chasse du dix-huitième qui s'élève au milieu de cette solitude »

« Du plateau dénudé où de maigres bruyères représentent toute la végétation elles descendent ensuite sur le village de St-Crespin par des vallons sauvages portant les noms de Beaudifer … berceau de l'illustre famille paternelle de la marquise  et de Rochechabrelle »

On est, ici, au cœur du site, appartenant au PNR Périgord-Limousin  qui a bien failli,  n'eut été une formidable et efficace opposition locale, accueillir un extravagant circuit automobile de près de cinq kilomètres de long  !

Plus avant dans le texte le lecteur a droit à un magistral cours d'histoire et à une présentation détaillée du château de Richemont, construit par le chroniqueur Pierre de Bourdeilles : . « couronnant une haute colline… ce château de forme imposante se compose de deux corps de logis, disposés en une sorte d'angle entre lesquels s'encastre un gros pavillon carré… »

Sur la cité proche de Brantôme « proprette et riante sous l'aile de son ancienne abbaye » le roman, en revanche, n'est guère prolixe : c'est moins la présentation des monuments locaux et des vieilles pierres que le portrait des couches aisées de la population qui retient l'attention de l'auteur. Aux yeux de la marquise, celle qui tient la plume comme à ceux de sa jeune héroïne de fiction, toutes deux de noble extraction, la société brantômaise n'est pas loin de ressembler aux précieuses ridicules des siècles passées.

La peinture faite d'une réunion mondaine au domicile de l'hôtesse est assez savoureuse. Elle donne à voir des hommes « en habit de drap foncé et culottes courtes, haut cravatés, rasés de frais, un coup de fer galant dans la chevelure se donnant de grands saluts,  se forçant à quelques baisemains… » et des « dames, toutes un peu gourmées pour la circonstance, ayant tiré de leurs lourdes armoires de chêne des atours qui mettraient bien dix ans à se démoder. »

Tout un petit monde qui, aujourd'hui se survit à l'identique à Périgueux, lors des raouts républicains du Conseil général ou de la Préfecture !

Ne manquent au tableau ni le poète mal inspiré déclamant ses vers d'un romantisme besogneux ni la chanteuse à la voix incertaine qui l'un comme l'autre recueilleront les applaudissements convenus  du public !

C'est également en procédant par petites touches, comme une artiste  pointilliste, que l'écrivain(e) restitue, au fil des chapitres, mode et cadre de vie sous le règne de Louis XVIII.  de hobereaux  campagnards, périgourdins rescapés de la guillotine.

Rien ne semble oublié, pas plus les préjugés sexistes à l'égard de la  femme estimée incapable de lire que la morgue paternaliste de la noblesse incarnée par Monsieur de Beaulignac qui requiert la venue d'un de ses métayers, dénommé Mitounet, réputé goinfre, pour lui faire engloutir, au grand divertissement de ses invités, un saumon entier qu'ils avaient dédaigné.

L'Église, sous le froc du curé de Fontroubade, est attentive au sort des gueux. Le vieux Capétou « charbonnier, à demi paralysé, qui habitait à peu près seul, tout la-haut dans les profondeurs de la forêt de Lamothe » est l'objet d'attentions charitables de ce parfait clone du bon curé Bonal cher à Eugène Le Roy.

Passion des privilégiés, la chasse ne saurait faire oublier à ceux qui lui consacrent l'essentiel de leur temps d'autres plaisirs et d'autres réjouissances triviales. Dans le chapitre VIII intitulé « Le carnaval en Périgord », le texte, muet sur les Soufflaculs de Nontron,  restitue l'atmosphère festive de cette période de l'année  C'est par « la grande foire aux porcs » que démarrent les divertissements. D'un château, l'autre on se lance des invitations annonciatrices de bonne chère. (2) «  Les difficultés des communications paraissaient s'aplanir comme par enchantement ; on avait eu soin d'ailleurs, d'étendre de la bruyère séchée dans les chemins, qui, sans cette précaution, auraient été impraticables. On arrivait, à cheval, en charrette à bœufs, en chaise à porteurs du vieux temps, voire même, quelque dame plus rustique, dans une comporte de son cuvier… »

Le livre fourmille donc d'observations d'inégal intérêt mais qui épicent utilement un récit. trop insipide pour passer à la postérité sans ces apports.

Introuvable depuis longtemps -ancien bouquiniste nous n'avons pu en sept ans en proposer que deux exemplaires à nos clients-  l'ouvrage a été réédité en juillet 2007 par les Éditions Cyrano créées à Bergerac  par Erik Egnell  un peu plus tôt !

 Nanti d'un sous-titre modifié mais pertinent (Vieilles haines et jeunes amours en Périgord vert) Monsieur de Puyloubard tente une nouvelle carrière sous une couverture illustrée naïve et kitch qui colle bien à l'ouvrage. L'éditeur espère sans doute amortir le tirage initial du livre,  le cinquième inscrit à son catalogue. Celui ci en compte déjà six depuis la publication, en mars 2008, du « Journal de Vienne » œuvre d'un certain René Klegille dont le pseudonyme est une anagramme presque parfaite d'Erik Egnell !

Marie de Pindray d'Ambelle « Monsieur de Puyloubard : Vieilles haines et jeunes amours en Périgord vert ». 232pp, 14X21, 6 illustrations 15 €  Éditions Cyrano 2007– Les Boulbennes 24240 Pomport.

Vieilles hainrs http://www.editionscyrano.fr/puyloubard.html

Ch.C le 25/3/2008PINDRAY d'AMBELLE Marie de, Mon vert..,illustrations, prixCh. Cyrano – Les Boulbennes omport)

(1)   Beaudifer trouve son origine dans le Bodifer (bois du fer) Crépinois (Crépin de Richemont)

(2)   Pour le mariage de Laurent et d'Amélie  « quatre veaux y passèrent, on y mangea cent livres de truffes et on y but trois barriques de vin »

 



27/05/2008
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