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« journalisme de connivence »

 

La société Médiapress, mise en liquidation judiciaire le 11 février dernier, sur décision du tribunal de commerce de Bordeaux,. va finalement échapper, à la disparition pure et simple.  Mardi 4 mars le tribunal de Périgueux a autorisé, au terme d'une longue procédure, la reprise en mains de cette entreprise de communication par le gestionnaire d'affaires Jacques Servia.

L'homme, si l'on en croit Sud-Ouest et internet, dispose de tous les atouts pour redresser la SARL créée par Pascal Serre.en 1980. , le nouveau directeur général possèderait, en effet, un carnet d'adresses bien fourni et aurait ses entrées dans les milieux financiers  et certains cénacles garants de sa réussite future dans le domaine de la presse magazine régionale.

            C'est à coup sûr de bon augure pour l'avenir d'une SARL qui tire le meilleur de son chiffre d'affaires de la publicité et de la publication d'organes divers au service des collectivités territoriales ou des socioprofessionnels. Cela annonce surtout la poursuite de la parution du navire amiral de Médiapress : LeJournal du Périgord.

La disparition de ce périodique tout en couleurs qui donne à lire chaque mois depuis une éternité des articles attendus et consensuels, lisses et quasi insipides aurait cependant moins désolé ses quelques acheteurs que ses nombreux chroniqueurs. Piliers ou frères convers de la nomenklatura « culturelle » locale, ces derniers s'affligeraient de ne plus voir régulièrement figurer leur signature au bas d'articles à la tonalité feutrée !

Au détour des pages du Journal du Périgord, qui  prennent parfois l'allure d'avatars ou d'ersatz de ces innombrables communications fleurissant dans les bulletins des sociétés savantes du cru, on rencontre, d'un numéro, l'autre des industriels entreprenants, des hôteliers accueillants, des artistes culinaires doués, des viticulteurs sans reproche, des producteurs de foie gras dévoués au service exclusif de la gastronomie…

Sur papier glacé on célèbre ici des militaires à l'ancienne et des résistants héroïques, là des hommes politiques intègres toujours républicains et francs-maçons souvent… On loue le talent d'auteurs dont pas grand monde ne feuillettera les livres mais auxquels il faut néanmoins consacrer quelques lignes bienveillantes extraites de la prière d'insérer de l'éditeur. On applaudit sans réserve à tous les spectacles proposés. Les œuvres de n'importe quel plasticien, du moindre « performer » suscitent l'admiration Le portrait d'une bourgade ou d'une ville  du département ne va pas sans imposer d'abondantes retouches cosmétiques, précaution utile en vue du placement d'encarts publicitaires… Le patrimoine du « Pays de l'homme » y est sublimé et tout particulièrement celui en toc des professionnels du tourisme de masse  !  Le décalcomaniaque Lascaux II  qui mène à sa perte la « Chapelle Sixtine de la préhistoire », devient, comme le Village du Bournat   et tant d'autres attractions pour vacanciers en goguette, la figure de proue d'une nouvelle ressource économique qui a définitivement supplanté l'agriculture dans ce département rural.

Les rédacteurs du titre pratiquent, sans effort, le « journalisme de connivence » qui a pour unique objet le renvoi mutuel d'ascenseur, manœuvre obligée pour conquérir sa niche et durer dans cette Dordogne en panne de génie depuis la fin du paléolithique supérieur..mais pas en manque d'obséquiosité envers les puissants

Les abonnés et les annonceurs du Journal du Périgord se réjouiront de la survie d'un magazine qui reflète si étroitement les valeurs vernaculaires bedonnantes d'une République rad'soc toujours gaillarde en ce début de 3ème millénaire. Ils seront certainement heureux d'accueillir la promesse d'un « développement futur qui permettra de renforcer les capacités et moyens de l'entreprise »  ainsi que l'apparition prochaine de nouveaux titres !

Ch.C le  6/3/2008

 



07/04/2008
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