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« Mangez le si vous voulez »

En mai dernier un nouveau livre ayant pour sujet le drame christique d' Hautefaye apparaissait  à la devanture des librairies ; celui de Jean Teulé dont le titre aux sonorités de comptine enfantine « Mangez le si vous voulez » laissait présager un exposé de la tragédie bien différent des récits de ses prédécesseurs.

                              

Pour la plupart des gens Hautefaye n'évoque rien sans doute. Si certains parviennent à situer géographiquement ce petit village de Dordogne à l'ouest de Nontron, sous préfecture étriquée d'un Périgord vert au tropisme charentais autant que  limousin, la majorité ignore qu'il fut le théâtre, au plus chaud de l'été 1870, d'un crime sans pareil, un de ceux qui font douter, autant sinon plus que l' holocauste, de l'humanité !

Le mardi 16 août de cette année là, alors que la France a déclaré la guerre à la Prusse à peine un mois plus tôt, Alain de Monéys, le jeune premier adjoint au maire de Beaussac, commune limitrophe, se rend à la foire d'Hautefaye dans le but de régler avant son départ pour le front quelques affaires pendantes. L'homme, un libéral qui est loin d'être insensible aux idéaux républicains, jouit parmi la population d'une excellente réputation. Bon nombre de ses administrés comme d'ailleurs bien d'autres habitants de la proche région qui ne comptent pas administrativement parmi ses électeurs lui sont redevables d'interventions  décisives en leur faveur.

Ce sont pourtant  ces derniers, des centaines de  présumés braves types, paysans, artisans, commerçants, notables qui, pendant des heures et des heures, vont lui faire subir mille tortures et finalement, au terme de supplices sans nom, le mettre à mort sur un bûcher improvisé en simulant pour finir la dégustation de sa graisse étalée sur des tartines de pain. Son crime : être absurdement suspecté d'avoir crié «À bas la France » alors que lui, l'exempté pour faiblesse de constitution,  s'apprêtait délibérement à rejoindre le théâtre des combats.

Avant Jean Teulé  de nombreux auteurs s'étaient penchés sur cette abominable tragédie. Alain  Corbin avec son « Village des cannibales » publié chez Aubier et surtout Georges Marbeck  qui fit si talentueusement revivre «Hautefaye, l'année terrible » furent incontestablement les meilleurs analystes d'un événement ayant failli entraîner la destruction totale du village, comme on l'envisagea sérieusement aux premiers jours de la 3ème République.

Ces deux derniers ouvrages demeurent irremplaçables  et il était permis de douter de la pertinence d'un nouveau texte commis par un écrivain aussi insaisissable que Jean Teulé qui fit les belles heures de la bande dessinée, de la télévision avant de se consacrer fugacement au cinéma puis plus exclusivement à l'écriture.

Les 6 premières page de son bouquin  sont  d'une étrange et regrettable faiblesse rédactionnelle. Le lecteur qui renoncerait à poursuivre plus avant aurait bien tort, malgré tout, de céder à sa première impression. Les chapitres suivants relatent dans l'urgence et la fièvre sous un rythme haletant chacune des étapes du calvaire d'Alain de Monéys. L'écrivain , le dessinateur et le cinéaste conjuguent leurs talents pour entraîner leur otage dans cette ronde sacrificielle folle qui ne s'achève que sur la consommation symbolique du corps de la victime expiatoire !

L'affreux crime d'Hautefaye coûtera la vie à 4 des assassins décapités sur le lieu même de leur ignoble forfait. 15 autres protagonistes furent condamnés aux travaux forcés ou subirent des peines plus ou moins lourdes d'emprisonnement. Le village, pour finir, coupable mansuétude, ne sera pas rasé.

74 ans plus tard le Périgord vert renouera avec ses vieux démons lors de l'épuration sanglante, une des plus brutale du territoire, qui suivra le retour à la « démocratie » et à la « liberté » dont furent exclus, longtemps encore, les peuples  Algériens et Indochinois entre autres !



01/03/2011
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